Ils partagent leur expérience
et leurs meilleurs conseils

Se préparer à transmettre le plus tôt possible

Gérard Gieux, fondateur du Groupe Alkos


Entrepreneur à succès, et fort d’une expérience d’une cinquantaine d’années dans l’industrie des produits cosmétiques, Gérard Gieux a fondé Cosmogen en 1982, fabricant d’emballages et d’applicateurs cosmétiques. En 1998, il fait l’acquisition d’Alkos Cosmétiques, un fabricant de crayons à maquillage, puis développe ses activités par le rachat des sociétés Sagal et Intercosmétiques en 2008, qu’il réunit au sein d’un seul et même groupe : le Groupe Alkos. Alors devenu l’un des plus importants fabricants de produits cosmétiques en France, le groupe est transmis en 2019 à un industriel nord-américain du secteur. 

Il nous livre son retour d’expérience sur les coulisses de cette opération ainsi que ses conseils avertis sur la préparation du processus de cession. 

Quelles ont été les raisons qui ont motivé cette opération ? 

Pour être honnête, même si je m’estime encore jeune, après 50 ans dans la même industrie, les jeunes arrivent, il faut leur donner leur chance. J’ai également des enfants, des petits-enfants… et j’aimerais pouvoir me consacrer à eux. J’aimerais également diversifier mes activités et je suis curieux, je veux encore pouvoir toucher à d’autres domaines. 

D’un point de vue plus stratégique, il y a maintenant des opportunités au niveau mondial, et j’estime mon entreprise pour l’heure trop franco-française.

Il fallait se tourner vers l’export, mais je ne me suis pas senti la force de pouvoir mener ce projet.

Je voulais donner un second souffle à mon entreprise, et le meilleur moyen pour cela était de transmettre la société à un groupe résolument tourné vers l’exportation. 

Par ailleurs, mon côté entrepreneur ne me permettait pas d’envisager partager le management de la société, c’est pour ça que j’ai préféré une cession totale et globale. 

Comment avez-vous constitué votre réseau de conseils ? 

Lorsque j’ai décidé de faire grandir le groupe et me mettre à la rechercher de sociétés cibles en 2008, j’ai fait appel à une société de conseil en fusions-acquisitions qui m’avait été recommandée par plusieurs banquiers. Après les avoir contactés, le feeling est bien passé, c’est aussi simple que ça. Même si, j’en conviens, cette démarche peut paraître peu conventionnelle !

Ils étaient adaptés à la taille de ma PME et portés sur l’humain.

J’ai donc trouvé avec eux un langage commun, et on travaille toujours ensemble depuis 2008 ! Ils correspondaient à mes exigences : je souhaitais faire appel à une société spécialisée dans les opérations concernant les PME de taille similaire à la mienne. Également, une société un peu polyvalente, n’ayant pas de domaine de prédilection mais pour autant dotée d’une expérience en cosmétique. Pour le reste, je vous l’ai dit, c’était vraiment une question de feeling ! 

Quel a représenté l’apport de votre conseil en fusions-acquisitions ? 

Grâce à leur aide, j’ai pu faire un screening des sociétés qui existaient. Ils m’ont donc soutenu durant mon opération de croissance externe, puis nous nous sommes rapprochés à tel point qu’ils m’ont par la suite toujours accompagné dans mes réflexions et mes recherches, et qu'ils ont une place d’administrateurs dans le groupe.

Le second apport, essentiel à mes yeux, a été l’écoute et les relations humaines ainsi que la confiance que nous entretenions, ce qui reste le facteur primordial au bon déroulement des opérations. A partir du moment où vous êtes face à une société qui est à l’écoute de vos souhaits, qui comprend vos problèmes et avec qui vous entretenez une relation de confiance, c’est comme dans un couple : il y a des hauts et des bas mais globalement, tout fonctionne très bien.

Enfin, mon conseil m’a permis de déléguer beaucoup d’éléments.

Cela m’a beaucoup facilité la tâche car l’opération représente au minimum 6 mois de travail, si l’on prend en compte les audits, les aspects RH, sociaux, financiers, industriels, techniques et environnementaux… C’est énormément de travail ! Mais le fait de pouvoir compter sur eux m’a permis de ne pas trop être perturbé dans mes activités quotidiennes. 

Quels conseils souhaiteriez-vous donner à un dirigeant qui songerait à transmettre ? 

Premièrement, au-delà de toute considération financière et de toute recherche de maximisation de son profit, il est primordial de trouver le BON repreneur. Celui qui puisse vous satisfaire tant par rapport au projet dans lequel vous voulez que votre entreprise s’inscrive, qu’au niveau des valeurs et de l’ADN de votre société. La pérennité de votre entreprise en dépend. 

Mais surtout, ce que je recommande, c’est se préparer à la cession le plus tôt possible.

Cela passe par le fait de s’organiser très en amont pour que fiscalement, juridiquement, à tout point de vue l’on puisse être prêt le jour J et vendre son entreprise dans les meilleures conditions. Arriver avec son avocat, son comptable, son banquier, bien repérer les éléments qui fassent que l'on ne soit pas démuni au moment de vouloir vendre, et être paré contre tous les aléas éventuels, voilà mon conseil. 

Il faut admettre qu’un jour, il va falloir céder votre entreprise, même à vos enfants, à une date que vous pouvez déjà supposer et donc faire en sorte de se préparer et de préparer son entreprise à cela. Pour ma part, je m’y étais préparé depuis presque 10 ans ! Donc pour nous, cette opération s’est déroulée comme une opération je ne dirais pas banale, mais courante. 


CONSEILS CLÉS
  • S'entourer de conseils de confiance pour garder la main sur l'opérationnel
  • Accorder une grande importance au choix du repreneur adapté
  • Se préparer et préparer son entreprise à la cession plusieurs années en amont