Ils partagent leur expérience
et leurs meilleurs conseils

D'une tentative de transmission à l'autre

Yves Mariton , dirigeant de l'entreprise familiale Mariton


Yves Mariton rejoint dans les années 70 l’entreprise familiale, fabricant des stores et moustiquaires sur-mesure. Après avoir succédé à son père, Jean Mariton fondateur de la société, il décide à son tour en 2018 de transmettre l’entreprise à sa fille, Sabine Mariton, et fait entrer un fonds d’investissement à ses côtés.

Il se confie à nous et nous apporte ses conseils pour appréhender au mieux la cession d’entreprise.

Aviez-vous toujours à l’esprit que votre fille resterait impliquée dans la suite de Mariton ?

Quand ma fille est entrée dans l’entreprise, c’était à un poste bien précis et non pas pour me remplacer. J’avais, il y a de nombreuses années, racheté un confrère qui s’est avéré être une coquille vide. Pour remonter la barre j’ai dû prendre des risques financiers inconsidérés. Ce n’était pas la vie que je souhaitais pour ma fille.

Pour préparer la cession, j’ai monté une holding dans laquelle j’ai intégré trois cadres : ma fille, le directeur commercial et le directeur technique. Un conflit a éclaté !

Un conflit a éclaté avec l’un d’entre eux qui du tout au tout a changé d’état d’esprit et s’était auto-proclamé futur président de la société, tout juste après sa participation à la holding de reprise. Les cadres n’osaient rien dire. J’ai dû me séparer de cet élément et j’ai décidé de réorganiser le capital de la holding autour de ma fille et moi-même. Cet épisode m’a fait perdre trois ans.

Au final, ma fille s’est prise au jeu et était de plus en plus intéressée par la reprise, au point que le fonds d’investissement ayant repris la société l’a choisie pour présider la nouvelle entité.

Pourquoi avoir opté pour un acquéreur financier plutôt qu’un industriel ?

Avec mon conseil en fusions-acquisitions nous avons effectué une recherche auprès des deux types d’acquéreurs.

L’offre du financier était financièrement supérieure à celle de l’industriel. C’était aussi la meilleure solution pour Mariton.

Son projet n’impliquait pas de changer le métier ni la clientèle de l’entreprise. Il avait comme souhait de développer l’activité sur les bases existantes.

Comment vous êtes-vous préparé pour cette opération ?

Le processus de cession n’est pas quelque chose d’anodin, il faut s’y préparer et préparer son entreprise bien en amont.

Entre la première intention de céder en 2011 avec un mandat confié à une première banque d’affaires, puis un nouveau mandat accordé à un second conseil, il s’est écoulé sept ans.

Il est très important de ne pas subir le problème de l’homme clé, c’est un facteur qui complique énormément la vente. J’ai commencé par déléguer un grand nombre de tâches pour m’éloigner le plus possible de l’opérationnel. Cela m’a également permis de me concentrer sur la cession de mon entreprise au moment voulu sans être préoccupé par la gestion quotidienne.

J’ai remis au gout du jour tous les aspects juridiques (immobilier professionnel, baux, etc.) sur recommandation de mes conseils avant d’aller voir des investisseurs. Les conseils ont une liste de ce qu’il faut faire.

Le contrôle du capital est un point d’attention qui peut compliquer la cession. Dans mon cas, je n’avais pas 100% mais un peu plus de 99% du capital sans capacité de forcer la cession des 0,8% restants. Cela a été un frein pour plusieurs acquéreurs potentiels.

Comment vous êtes-vous fait accompagner tout au long de ce processus ?

Après un premier mandat adressé à la filiale fusions-acquisitions de ma banque, je me suis réorienté vers un cabinet indépendant.

Le premier acteur nous a fait tourner en rond et nous n’avons pas réussi à aller jusqu’au bout. Il n’avait été qu’en mesure de nous présenter des contreparties industrielles qui n’étaient pas, in fine, intéressées pour racheter Mariton.

J’ai sélectionné le second conseil sur la base d’opérations récentes réalisées dans mon secteur d’activité. J’ai surtout demandé des références et appelé d’anciens clients pour être sûr de mon choix avant signer le mandat de vente.

Nous avons également mandaté un avocat fiscaliste pour comprendre et faire un choix éclairé sur les différentes options qui s’offraient à nous. Il faut réfléchir à la structuration du projet de cession très en amont pour éviter une fiscalité trop lourde.


CONSEILS CLÉS
  • Préparer son entreprise à la vente en amont
  • Déléguer certaines tâches opérationnelles
  • Définir la structuration fiscale du projet de cession plusieurs années auparavant
  • Se renseigner sur les différents conseils avant d'arrêter son choix