Ils partagent leur expérience
et leurs meilleurs conseils

Ne pas se laisser imposer son tempo par le fonds

Luc Basthiste, repreneur de Strapharm


Il y’a plus de 10 ans, Luc Basthiste intégrait Strapharm, fabricant nantais de compléments alimentaires. Après y avoir occupé différentes fonctions opérationnelles, les deux cadres, Luc Basthiste et Arnaud de Yrigoyen, décident en 2019 de reprendre la société aux mains de la famille fondatrice dans le cadre d’un MBO soutenu par un fonds d’investissement majoritaire. 

À travers son témoignage, Luc partage son ressenti sur sa première opération de capital-transmission et offre ses conseils avisés afin d’appréhender au mieux la construction d’une relation avec un fonds d’investissement. 

Quel est le contexte qui vous a conduit à intégrer le capital de Strapharm en 2019 ? 

J’ai intégré Strapharm il y’a 10 ans en tant que cadre. Par la suite, j’ai évolué au sein de l’entreprise et me suis rapproché de Monsieur Wirth, l’actionnaire majoritaire. Il n’avait pas de rôle opérationnel, et je lui ai fait part de mon intérêt à m’associer au capital de la société, lorsqu’il jugerait le moment opportun. Cela a pris quelques années, puisque les premières discussions ont débuté il y’a 4 ans déjà. C’est à l’âge de 75 ans que ce dernier a souhaité mettre en place la transmission de son entreprise. 

Compte tenu de notre rôle opérationnel et de notre implication directe dans la croissance et le développement de Strapharm, Arnaud et moi-même étions légitimes pour prétendre à son rachat.

Le timing était parfait, il était important de mener cette opération avant que Strapharm ne croisse trop.

Lorsque Monsieur Wirth a officiellement formulé son souhait de vendre, les négociations ont alors débuté. Il était évident au vu des montants que nous ne pourrions reprendre ses parts sans soutien financier. Il nous a donc proposé d’utiliser les méthodes du management package, et de travailler avec un fonds d’investissement pour réaliser cette opération. 

Étiez-vous déjà sensibilisé à ce type d’opérations ? 

Absolument pas. J’étais alors comme beaucoup de dirigeants : démuni face à ce type d’opération. Je n’avais aucune connaissance de ce qu’était un fonds, une banque d’affaires, un LBO, le rôle et le fonctionnement des différents conseils… Nous avons eu la chance de bénéficier du réseau de conseils de Monsieur Wirth pour nous accompagner au cours de cette opération, et nous familiariser avec différents mécanismes et termes spécifiques. Nous avons donc été conseillés par une banque d’affaires mandatée par ce dernier, qui a produit les documents de présentation et nous a mis en relation avec plusieurs repreneurs potentiels. On a aussi été accompagné par des avocats fiscalistes et des avocats d’affaires spécialisés en opérations de LBO. Ils nous ont aidé sur la partie négociations et nous ont vraiment bien expliqués les rouages de ces mécanismes. On a également réussi à échanger avec des dirigeants qui sont passés par le même type d’opération, ce qui nous a fait beaucoup de bien. 

Je peux dire qu’on s’est vraiment formé sur le tas et que nous sommes allés chercher les informations nécessaires comme on a pu. Mais je dois avouer qu’il nous est arrivé par moment d’être livrés à nous-même.

Cela nous aurait été très utile de profiter de plus de retours d’expérience. De même, avoir accès à des informations plus facilement et librement aurait été très appréciable.

Qu’est-ce qui a motivé le choix du fonds d’investissement qui vous accompagne aujourd’hui ? 

J’avais forcément quelques craintes au sujet des fonds d’investissement avant d’en rencontrer quelques-uns, concernant leur vision du business, leurs exigences de performances et les aspects intrusifs qui en découlent. 

Mais j’ai trouvé chez notre partenaire un alignement de nos visions, d’un point de vue stratégique et humain. Il s’agit d’un petit fonds, ce qui leur permet de garder une certaine flexibilité et agilité. Leur équipe est composée principalement d’anciens dirigeants d’entreprises, donc on a trouvé des gens qui parlaient le même langage que nous, qui ont été à notre place et qui connaissent notre quotidien et les problématiques inhérentes à notre activité.

C’est un des seuls fonds qui nous a présenté au sein de ses équipes à la fois des financiers mais aussi d’anciens industriels et managers, et cela a énormément joué dans notre choix.

Enfin, ils sont dotés d’une bonne connaissance de notre domaine d’activité, puisqu’ils ont déjà travaillé dans le secteur pharmaceutique, assez similaire au nôtre. 

Quel est l’apport d’un fonds d’investissement au sein de la société Strapharm ? 

L’un de nos objectifs en faisant appel à un fonds était de permettre à Strapharm, jusqu’alors petite PME, de franchir un cap. Pour cela, il était nécessaire que le fonds structure notre démarche tant au niveau financier que stratégique à l’aide de reportings, de contrôle des budgets, d’indicateurs de performances et d’outils de pilotage poussés et élaborés. Pour moi, c’est une fondation indispensable pour grandir par la suite et aller plus loin. 

Le fonds apporte aussi un regard neuf, différent, qui nous aide à prendre le recul nécessaire et à nous projeter. Ils challengent nos choix et nous aident à prendre les bonnes décisions, c’est très stimulant et ça installe une dynamique véritablement constructive.

Cela induit forcément des divergences de points de vue, mais lorsque vous avez autour de la table d’anciens dirigeants expérimentés, c’est un vrai partage d’expérience qui s’opère et le résultat ne peut être que positif. 

Quels conseils donneriez-vous à un dirigeant qui songerait à s’associer à un fonds d’investissement ? 

Il s’agit de ma première opération, mais je vais tout de même vous donner les conseils dont j’aurais aimé bénéficier avant d’enclencher mon opération de MBO.

Tout d’abord, il est indispensable de passer le temps nécessaire à clarifier vos attentes et celles du fonds afin d’éviter tout malentendu ou incompréhension en cours de route.

Il faut discuter en profondeur de la vision de chacun, de nos modes de fonctionnement, et travailler sur les points où vous n’êtes pas en adéquation. Selon moi, on passe beaucoup trop de temps à discuter des conditions financières, des bonus, de la rémunération, des contreparties qui sont essentielles, mais secondaires. L’aspect le plus important des négociations devrait être le mode de gouvernance réel, la relation entre actionnaires, leurs envies, les prérogatives accordées à chacun, le périmètre d’intervention du fonds, qui fait quoi et comment… Autant de sujets qui impactent de manière effective le fonctionnement quotidien de l’entreprise. Il s’agit donc de bien apprendre à connaître son futur partenaire avant de commencer à parler chiffres.

Ensuite, il est nécessaire de discuter en amont de la périodicité des reportings et de la nature des supports à fournir. Des reportings trop fréquents et l’exigence de documents sans réelle valeur ajoutée pour la société peuvent vite devenir chronophages pour le dirigeant. Cela peut paraitre vraiment minutieux, mais il est nécessaire d’entrer dans un tel niveau de détail afin d’éviter toute friction par la suite. 

Enfin, il ne faut pas avoir peur d’imposer votre tempo au fonds d’investissement.

C’est vous le dirigeant, c’est vous qui créez de la valeur et qui êtes à l’origine de la croissance de votre société.

En ce sens, vous devez imposer un timing à votre partenaire financier qui vous permette de continuer à performer d’un point de vue opérationnel.


Conseils clés
  • Être attentif au timing marché
  • Bien se renseigner et solliciter des retours d'expérience en amont de l'opération
  • S'adosser à un fonds qui vous ressemble
  • Clarifier les attentes et rôles de chacun
  • Rester mettre du tempo après l'opération